De cercle en cercle, rond après rond, de cervidé en cervitude, je progresse… Lentement, j’avance, gagne du terrain… La surface de papier à couvrir de mes cercles de réserve petit à petit s’amenuise… Viendra alors le temps du choix : j’aurai du acquérir l’un des cadrans en céramique mis en vente hier sur Antique Home… Je voudrais qu’il soit suspendu, le temps, qu’il me laisse celui de choisir, prendre la bonne décision, la bonne direction, la conduite idéale à tenir face à cet être de papier… Encre claire, encre foncée, dégradée ou non… Que raconter ? L’apparition ? La disparition ? Tant que je trace mes petits ronds je me dis que le temps, je l’ai, celui de la réflexion… Mais la fin approche et je vais devoir passer à l’acte, trancher, tracer, noyer dans l’encre cette trame patiemment tissée de petits cercles incertains, provisoires, délébiles…Et quand ça sera fait, quand ça sera fini, que me restera-t-il ? Les autres oeuvres en cours… Et voilà où se cachait la clé, celle de la porte qu’on claque au nez du vide : dans le travail… La création comme rempart contre le néant, l’absurde qui nous absorbe… Toujours avoir une feuille sur le feu, un crayon sous le pied, quitte à se le faire faucher, une planche à graver sous le coude, une gouge dans une main une gougère dans l’autre et tailler dans la surface pour tenter d’y laisser sa trace… c’est tellement plus élégant, poétique et parfumé que de lever la patte au pied d’un réverbère même si l’intention est sensiblement la même… Dans tous les cas faut que ça sorte, et quand c’est fait ça soulage jusqu’au prochain pilier… La conquête du territoire, qu’il soit de bitume ou de papier, est une affaire quotidienne…
Rond après rond…
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